À l’approche des Championnats du monde de badminton à New Delhi (17-23 août), le double mixte français Thom Gicquel et Delphine Delrue a accepté de faire le point. Médaillés de bronze l’an dernier à Paris, ils ne cachent pas leur inquiétude. Le circuit professionnel souffre de plusieurs maux : calendrier chargé, décisions unilatérales, manque de considération pour les joueurs. Leur constat est sans appel.
Badminton : le circuit professionnel sous le feu des critiques
Thom Gicquel et Delphine Delrue ne mâchent pas leurs mots. Avant les Mondiaux de New Delhi, la paire française dénonce les multiples dysfonctionnements du circuit. En cause : une organisation jugée déconnectée des réalités des compétiteurs et des décisions prises sans réelle concertation avec les principaux concernés.
Les deux athlètes pointent notamment le manque de dialogue avec la Fédération internationale (BWF). Le passage prochain à des sets en 15 points gagnants illustre leur sentiment. Une réforme adoptée sans que l’avis global des joueurs ait été réellement pris en compte. La paire française avait pourtant fait part de ses réserves.
Une réforme du scoring contestée par les joueurs
Delphine Delrue raconte une scène édifiante. Avant le vote sur le changement de règle, les joueurs ont été filmés pour donner leur avis. Les propos critiques n’ont jamais été diffusés. Seuls les soutiens à la réforme ont été montrés. Un procédé qui illustre, selon elle, un fonctionnement peu transparent.
Le problème ne se limite pas au scoring. L’allongement des Super 1000 à dix jours inquiète également. Pour les doubles, cette évolution pourrait signifier des temps morts interminables. Un match de vingt minutes étalé sur trois jours ? Le scénario fait frémir les intéressés.
Un manque de reconnaissance qui fragilise tout un sport
Au-delà des règles, c’est la place des joueurs dans l’écosystème du badminton qui pose question. Thom Gicquel regrette un déficit criant de storytelling. Contrairement au tennis, les spectateurs ne connaissent pas les histoires des athlètes. Impossible, dans ces conditions, de créer un véritable engouement populaire en Europe.
La domination asiatique n’arrange rien. Le circuit est largement influencé par une culture où la contestation n’est pas naturelle. Résultat : rares sont ceux qui élèvent la voix. Les joueurs européens et danois se retrouvent souvent seuls face aux instances. « Si on était chinois, on aurait plus d’importance », ironise Thom Gicquel.
Des progrès notables pour la paire française
Malgré ces constats sévères, le double mixte français affiche une sérénité nouvelle. Cette saison, les résultats parlent pour eux : une finale et deux demi-finales lors des trois derniers tournois Super 1000. Une régularité qui tranche avec les années précédentes.
- 🏸 Une finale sur un Super 1000 cette saison
- 🎯 Deux demi-finales lors des deux autres rendez-vous majeurs
- 📈 Une 5e place mondiale avant les Championnats du monde
- 🧠 Une maturité mentale renforcée après chaque contre-performance
- 🔄 Une palette technique élargie pour s’adapter à tous les styles adverses
Le duo a appris à varier son jeu. Fini le temps où une seule stratégie suffisait. Désormais, plusieurs registres s’offrent à eux selon l’adversaire. Cette souplesse, conjuguée à une meilleure gestion des moments clés, transforme leur approche des grandes échéances.
Les dérives d’une organisation à la dérive
Le calendrier illustre parfaitement les incohérences du circuit. Les joueurs enchaînent les tournois sans vraie période de récupération. Les primes stagnent tandis que les coûts augmentent. Le fossé se creuse entre les attentes des athlètes et les priorités des instances.
L’association des joueurs existe, mais elle semble inefficiente. Thom Gicquel la décrit même comme « complètement inutile ». Une critique cinglante qui révèle un profond malaise. Sans représentation crédible, difficile de peser dans les décisions majeures du badminton mondial.
Les prochaines semaines s’annoncent décisives. À New Delhi, la paire française tentera de transformer l’essai après sa médaille de bronze parisienne. Mais au-delà de la performance sportive, c’est un dialogue constructif avec les instances que les joueurs espèrent. Le badminton a besoin de réformes, mais certainement pas de mesures imposées contre l’avis de ses acteurs principaux. Le compte à rebours est lancé.

Côme Bonnet suit le hockey français côté terrain, clubs et préparation. Il aime transformer les sujets techniques en conseils lisibles pour les joueurs, éducateurs et parents.